À Béziers, être étudiante, c’est apprendre très tôt à regarder ailleurs.
Ailleurs pour sortir.
Ailleurs pour se cultiver.
Ailleurs pour se sentir considérée.
Car ici, une réalité s’impose : aucun tarif étudiant au théâtre, peu ou pas d’offres culturelles pensées pour la jeunesse, aucune politique culturelle qui reconnaisse les jeunes comme un public à part entière. À Béziers, la culture semble réservée à ceux qui ont déjà les moyens, le temps, ou l’habitude.
Pendant ce temps, à une cinquantaine de kilomètres seulement, Montpellier fait tout l’inverse. Là-bas, les musées ouvrent leurs portes la nuit pour les étudiants, gratuitement. Des concerts, des spectacles, des expositions sont proposés à prix préférentiels, parfois même sans débourser un centime. La culture y est vécue comme un droit, pas comme un luxe.
Le contraste est brutal.
À Béziers, la jeunesse se nourrit ailleurs. Elle prend le train, la voiture, ou elle décroche. Les jeunes quittent le bateau, non par caprice, mais par nécessité. Parce qu’on ne peut pas demander à une génération de s’investir dans une ville qui ne lui offre rien en retour.
La culture n’est pas un supplément d’âme.
C’est un levier d’émancipation.
Un outil de lien social.
Un espace de débat, de rêve, de construction personnelle.


Aujourd’hui, Béziers accumule un retard préoccupant face aux autres villes de la région. Un grand vide culturel s’installe, et ce vide frappe d’abord les plus jeunes. Comment s’étonner ensuite qu’ils partent étudier ailleurs, vivre ailleurs, construire ailleurs leur avenir, et souvent ne jamais revenir ?
Ne pas nourrir sa jeunesse culturellement, c’est affaiblir ses citoyens de demain. C’est renoncer à une ville vivante, curieuse, ouverte. C’est accepter que Béziers reste en marge pendant que d’autres avancent.
Ce coup de gueule n’est pas une attaque, mais un appel.
Un appel à reconnaître que les étudiants et les jeunes ne sont pas un public secondaire.
Un appel à mettre en place des tarifs étudiants, des événements accessibles, des propositions culturelles ambitieuses et inclusives.
Un appel à cesser de considérer la culture comme un privilège, et à la penser enfin comme un investissement.
Parce qu’une ville qui abandonne sa jeunesse se condamne elle-même.
Et Béziers mérite mieux.
Imane Rahmani, 21 ans, étudiante.

